Face à la crise de la presse, la tentation du « lol journalisme »

PQR, PQN, presse en ligne… Les médias souffrent. Certains s’en sortent en jouant la carte du lol.

Son arrivée en France a fait énormément de bruit dans le paysage médiatique. Ça tombe bien, c’est ce que BuzzFeed (littéralement « nourrir le buzz ») recherche. Né en 2006 aux USA, ce pure-player tourné vers le divertissement veut faire cliquer les internautes français. Comment ? En proposant une majorité de contenus de listes et de classements : « 20 raisons pour lesquelles tout finit toujours mal », « les 33 gifs de lapins qui dominent internet », « 23 photos qui prouvent que notre société va mal »…

C’est tout bête. Et ça cartonne : 85 millions de visiteurs uniques dans le monde, dont 20 à 40 millions pour les seuls Américains. Derrière ces contenus, il y a Ben Smith (ex-journaliste de Politico), Miriam Elder, (ex-correspondante en Russie de The Guardian), Mark Schoofs (ex-journaliste du Wall Street Journal et détenteur d’un Pulitzer)… Pas des quiches du journalisme.

BuzzFeed, roi des réseaux sociaux

Produire du contenu potentiellement viral (75% de l’audience du site vient des réseaux sociaux), mais à (très) faible valeur ajoutée journalistique, voilà une perspective qui n’a, semble-t-il, pas enchanté les journalistes aspirants et pros présents lors de la présentation du site, à Science Po Paris.

Capture d'écran du site BuzzFeed, version française.

Capture d’écran du site BuzzFeed, version française.

Pourtant, l’arrivée de BuzzFeed pourrait faire réfléchir plus d’une plume. Car, tout le monde le sait, le secteur est en crise. Sévère. Sur la carte de la presse quotidienne régionale (Nice Matin, Ouest-France…), le nombre d’emplois menacés augmente semaine après semaine. Et la presse nationale n’est pas en reste (Le Figaro, Courrier international…). Comment réconcilier la population avec les journaux ? Et bien, pourquoi pas en proposant une information « lol », décalée.

C’est ce qu’a su faire le magasine Néon par exemple. En visant les 25-35 ans, il a gagné le pari de vendre une information à mi-chemin entre le journalisme et le divertissement. Si bien qu’il est passé de bimestriel à mensuel et vise aujourd’hui les 75 000 exemplaires. À la télévision cette fois, et dans un esprit similaire, le Petit Journal de Canal +, passé de chronique de quelques minutes à une émission de vingt-cinq minutes, voit ses audiences grimper également. Avec son ton de satire médiatico-politique, l’émission s’inspire largement des shows à l’américaine (Jon Steward et son Daily show par exemple).

Capture d'écran sur le site de replay du Petit Journal.

Capture d’écran du site de replay du Petit Journal.

Les médias traditionnels n’auront peut-être pas le choix d’ouvrir leurs pages, encore plus qu’ils ne le font, à ce type de contenus. Car le lectorat de base vieillit. Tandis que les plus jeunes lecteurs, toujours plus connectés, n’ont peut-être jamais été autant déphasés les journaux de référence.

Que diable le lecteur veut-il lire ?

Et peut-être sont-ils tout simplement lassés par certaines informations. La guerre en Syrie ? Un scandale financier ? Le gouvernement dans la tourmente ? Le récent lancement d’Up News, un pure-player d’informations « 100% positives » peut aussi traduire une attente nouvelle des lecteurs.

Ouvrir une porte au divertissement, pourquoi pas. Mais gare à la dérive. Si BuzzFeed fait effectivement appel à des pointures de l’écriture, ce que propose le site contenu ne peut en aucun cas être considéré comme un média d’informations. Le risque à terme serait évidemment la disparition de l’information journalistique, traitée et relayée avec sérieux et rigueur, dans le but d’informer. Au profit d’une information dont le but premier est la recherche d’un max de clics (et donc de publicité), et, surtout, de faire rire les gens.

Un équilibre est à trouver. Histoire d’éviter que la Corée du Nord ne soit contrainte d’envoyer des rations alimentaires au journal Libération pour faire face à la crise, comme l’a récemment annoncé Le Gorafi*…

* site parodique du Figaro, « aimé » par plus de 130 000 personnes sur Facebook.
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