La Roumanie va de mal en pis

© Adrian Calugaru

En plus des troubles  économiques et politiques, l’État subit aujourd’hui de plein fouet la vague de froid européenne.

Tragédie grecque en Roumanie. À l’instar de leurs voisins Hellènes, les Roumains ont été précipité en enfer, ou pas loin. Le tout en trois actes, pour trois crises. Acte premier : à peine rentrés dans l’Union en 2007, que voilà les Roumains touchés, sans même avoir été prévenus, par la crise de 2008. Pas de bol. La petite économie roumaine ne s’y attendait pas. Pas plus que ses 26 nouveaux compagnons d’ailleurs.

Or, dans le manuel « Comment sortir de la crise ? – Volume 1 » (aux Éditions Nexistepas), deux options sont avancées : la relance, ou bien la rigueur. La Roumanie, comme la Grèce et d’autres, opte pour le second choix. En 2009, le premier ministre Emil Boc décide donc de se payer une cure d’austérité. On dit de ce plan imposé qu’il est le plus dur de l’UE. Et pour cause : 25% de baisse pour les salaires des fonctionnaires, 200 000 d’entre eux s’en foutent car ils sont mis à la porte, augmentation de la TVA (de 19 à 24%), gel des retraites… Des mesures impressionnantes mais comparables à ce qui se fait en Grèce ou en Espagne. Sauf que, le pays en question n’est ni la Grèce, ni l’Espagne : il n’est pas loin d’être le plus pauvre de l’UE. Numéro 2 de la catégorie pour être précis, derrière la Bulgarie, rentrée en 2007 également. Le salaire minimum roumain s’élève à… 157 euros. Certes, il a presque doublé depuis 2006, mais reste près de 10 fois moins important que le SM français. Le salaire moyen, lui, culmine à 350 euros. Une misère. Bref, aucun voyant économique ne viendra dire le contraire : la Roumanie est pauvre. Alors quel risque pour un gouvernement d’infliger à son peuple, déjà mal en point, une cure d’austérité ? Ou comment rendre les pauvres encore un peu plus pauvres ?

Changement de premier ministre

Victime directe de l’acte deux, Emil Boc, pourra vous donner la réponse. À la mi-janvier, les Roumains décident de battre le pavé pour exprimer leur ras le bol économique. Les Indignés espagnols avaient puni le gouvernement Zapatero dans les urnes, en novembre dernier ; les roumains font encore plus fort, avec les rues de Bucarest seules. Après plusieurs semaines de pression populaire, Emic Boc et son gouvernement jettent l’éponge.

Une victoire en trompe l’oeil pour les révoltés. Au début du mois, le président nomme le James Bond roumain, Mihia Razvan Ungureanu, pour remplacer Boc. Dès son intronisation, l’ex-chef des services de renseignements, donne le ton : « Les réformes vont continuer ». Et le président Basescu d’ajouter que « si l’économie le permet, j’attends aussi des pas visant à rétablir le pouvoir d’achat ». Pas de quoi faire exulter les Roumains. Ces derniers devront, à priori, patienter jusqu’en novembre pour élire d’autres représentants, lors de législatives.

Mauvais climat jusqu’au bout

D’ici là, le peuple peut déjà mesurer l’efficacité des nouveaux arrivant. C’est l’acte trois. Si la France a repris des couleurs niveau température, les thermomètres roumains flirtent toujours avec le négatif. La vague de froid qui a secoué l’Europe, faisant plus de 600 morts, sévit toujours là-bas. Au moins 86 personnes y sont mortes. Signe dérangeant de l’ingérence gouvernementale : près de 70 000 Roumains bloqués par les amas de glace durant plusieurs jours. Une « Apocalypse blanche » comme disent certains. Privés d’eau, d’électricité et de nourriture, une partie des Roumains a pointé du doigt le laxisme des autorités, concernant le déneigement des routes par exemple. Certains villageois ont carrément vu leur salut passer par… un parapente ravitailleur ! Faute de mieux.

Pour le coup, la tragédie roumaine prendrait presque une tournure comique. Presque.

Article publié sur le site du journal Europa

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